Fermer

[Lecture] Ils étaient vingt et cent de Stanislas Pretrosky

Ils étaient vingt et cent, ils étaient des milliers
Nus et maigres, tremblants, dans ces wagons plombés
Qui déchiraient la nuit de leurs ongles battants
Ils étaient des milliers, ils étaient vingt et cent
Nuit et BrouillardJean Ferrat

Qu’il est difficile d’écrire une chronique ayant pour thème un sujet aussi délicat et sensible que celui de la Seconde Guerre Mondiale et des camps de concentration nazis (Ravensbrück en l’occurrence). C’est d’autant plus compliqué que je n’ai pas apprécié ce livre. Il n’est pas mauvais, les faits sont documentés et l’écriture bien que trop « scolaire ou académique » est soignée.
Mais non, je n’ai pas aimé ce livre, auquel j’ai relevé de nombreux défauts, dont je vais vous parler plus en détails dans la suite de cet article.
J’ai hésité avant de me lancer dans la chronique de ce roman. Il faut dire qu’il est vraiment bien noté sur livraddict ou encore goodreads. J’ai parfois l’impression que les lecteurs n’osent pas noter ce genre de romans avec la même honnêteté qu’ils le feraient pour un roman au thème plus léger… Je pense écrire un article prochainement sur ce sujet.

Je tiens à remercier Netgalley et les éditions French Pulp pour m’avoir permis de lire ce roman de Stanislas Petrosky.

Ils étaient vingt et cent…

Résumé :

 » Gunther, jeune allemand opposé au régime nazi, excelle dans l’art du dessin.
Il se retrouve promu illustrateur officiel du camp de Ravensbrück, son œil d’artiste interprète la vie et surtout la mort.
L’histoire d’un homme qui a vu la construction et la libération du plus grand camp d’extermination de femmes du IIIème Reich, un homme qui a vécu des deux côtés des barbelés.  »

Mon avis :

Depuis mon adolescence, je lis et me documente énormément sur la Seconde Guerre Mondiale, mais surtout du point de vue des civils, et bien entendu sur les camps de concentration nazis. Je ne vous cache pas que ces lectures m’ont souvent amenée à lire des horreurs et à découvrir à quel point un être humain peut être cruel envers un autre être humain.
J’ai lu, mais j’ai aussi regardé des images de la libération des camps, et écouté des témoignages de survivants (vous pouvez en trouver facilement sur youtube et en particulier sur la chaîne du Mémorial de la Shoah).
Je ne prétends pas être spécialiste de ce sujet, mais je pense que si je devais faire de la recherche en Histoire, mes travaux seraient sur ce thème.
Si je vous dis ça c’est surtout pour vous expliquer qu’après avoir énormément lu sur cette guerre et sur la Shoah (qu’il s’agisse de fiction ou de documents de témoins ou d’historiens), je suis également devenue plus pointilleuse sur les fictions mettant en scène cette triste période de notre Histoire.

Nous étions vingt et cent raconte l’histoire du personnage fictif de Gunther, un jeune allemand qui s’est engagé contre son gré (à la demande de son père) pour travailler à la grandeur de l’Allemagne nazie. Il a été affecté au camp de concentration, en construction, de Ravensbrück. Situé au nord de Berlin et créé en mai 1939.
Dès le début, les autres Allemands du camps qu’il s’agisse de ses « collègues », des soldats ou des hauts-gradés, ont remarqué que Gunther était là contre son gré, et ils se méfient de lui. Après l’arrivée des premiers convois de prisonnières (car Ravensbrück est avant tout un camp de détention pour femmes), il devient kapo (surveillant d’un block, d’un baraquement). Contrairement aux autres, ils ne parvient pas à maltraiter les prisonnières pour qui il éprouve une forte compassion. Son don pour le dessin va le sauver et le condamner d’une certaine manière. Il n’aurait pas pu rester longtemps à son poste de kapo en ayant une attitude aussi bienveillante à l’égard des détenues, sa hierarchie aurait fini par le punir. Son don pour le dessin fait de lui le dessinateur officiel du camp, chargé d’immortaliser la vie quotidienne de Ravensbrück : les coups, la mort, le travail et puis surtout les expériences menées au revier (infirmerie/hôpital du camp).

Ce roman est construit sous forme de chapitres assez courtsGunther à notre époque (âgé de 99 ans et résidant en maison de retraite) raconte ses souvenirs de sa vie à Ravensbrück. Ces chapitres se terminent par un saut dans le passé directement au moment où Gunther vivait les évènements qu’il raconte.
Stanislas Petrosky a fait un énorme travail de recherches. On le comprend et on le ressent à la lecture de son roman. Mais j’ai eu l’impression qu’à trop vouloir intégrer au livre chaque épisode de ses recherches, l’auteur fait s’enchaîner chapitre après chapitre toutes les horreurs possibles.
Oui, ces faits se sont produits et ont existés, mais j’ai trouvé que ça pouvait vraiment être violent pour le lecteur. S’agissant d’un personnage de fiction quelques moments de répit auraient pu être intégrés au récit (sans forcément dénaturer le roman qui, on le comprend bien, est fait pour dénoncer ces faits abominables et les faire connaître au plus grand nombre). D’ailleurs pour cette raison, je ne conseille pas la lecture du livre à des lecteurs sensibles.
Certaines scènes manquent de pudeur. Les détails les plus crus sont mentionnés. Une fois de plus il ne s’agit pas pour ma part de minimiser les faits, ils sont là, ils ont malheureusement vraiment eu lieu, mais il me semble que le travail d’un auteur est également de pouvoir dire et dénoncer les choses de façon plus subtile.

Pauvre Gunther… Tout au long du roman, ce personnage est rabaissé. Il se décrit sans arrêt comme lâche et peureux. Bien sur on se doute que la vie dans un camp n’est pas facile. On comprend la peur du personnage, mais pourquoi répéter aussi souvent tout au long du roman qu’il est lâche si ce n’est pour nous le faire voir comme un « looser » ?

J’ai eu du mal à croire à l’histoire d’amour entre Gunther et une détenue juive. Ce n’est pas que ce n’est pas crédible, c’est la manière dont cette relation a été amenée. On a l’impression que c’est trop rapide, que ça tombe du ciel. Je n’y ai tout simplement pas cru. Cette histoire d’amour ne m’a pas donné d’émotions. Pour moi elle était là pour mettre une petite touche de lumière dans un ensemble sombre mais ça n’a marché avec moi.
La relation entre Gunther et Edna m’a rappelé l’histoire du « Tatoueur d’Auschwitz » (mais je pense que ce n’est qu’un hasard).

Est-ce que c’est parce que les chapitre sont assez courts et condensés que j’ai eu l’impression que la fin est arrivée brutalement sans que je comprenne bien comment tout s’est vraiment enchaîné ?
Ces chapitres courts sont aussi responsables du fait que j’ai eu l’impression d’un ensemble un peu bâclé.
Comme si l’auteur cherchait à tout prix à inclure un évènement dans son livre, broder une histoire expliquant comment et pourquoi Gunther en a été témoin et puis on passe au chapitre suivant… Mais en dire le plus possible sur ce thème n’en fait pas forcément un bon roman sur la Seconde Guerre Mondiale et la déportation…

Pour conclure, le roman n’est pas mauvais, c’est plutôt bien écrit et ça plaira sans aucun doute aux personnes qui lisent peu de romans sur cette période (à condition d’avoir le coeur bien accroché). J’ai été déçue de ne pas ressentir d’émotion à la lecture de ce livre. J’ai trouvé le roman sans âme par rapport à la lecture d’autres romans sur le sujet.
J’ai eu le sentiment tout au long de ma lecture que l’auteur hésitait entre écrire un livre document sur Ravensbrück et un roman.

Avez-vous lu ce roman ? Qu’en avez-vous pensé ? Suis-je trop dure avec ce livre ?

A propos de Flâner Lire

Caroline, amoureuse d'Histoire, (ancienne stagiaire au Centre Historique Minier de Lewarde & ex agent d'accueil et de surveillance au Palais des Beaux Arts de Lille). Je suis depuis toujours passionnée de patrimoine avec une affection particulière pour celui du Val de Loire. J'ai beaucoup d'intérêt pour la culture en général : les musées, les expositions, la musique, la lecture, les séries tv...

2 commentaires sur “[Lecture] Ils étaient vingt et cent de Stanislas Pretrosky

  1. Je comprends ce que vous voulez dire. J’ai tendance à me méfier des romans sur ce thème. C’est à la fois facile – plein d’horreurs à raconter sous couvert de vérité – et difficile, comment faire mieux que ceux qui s’en sont sortis et qui l’ont raconté, souvent avec pudeur.

    1. Bonjour, merci beaucoup pour votre commentaire. Il est vrai qu’il est difficile de faire mieux que les témoignages des survivants, mais il y a également de bons auteurs qui ont su retranscrire ces faits et apporter quelque chose au lecteur.

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

error: Content is protected !!
%d blogueurs aiment cette page :