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[Lecture] Le voyage de Marcel Grob de Philippe Collin et Sébastien Goethals

Je remercie France Loisirs de m’avoir permis de découvrir Le voyage de Marcel Grob, une bande dessinée historique sur un sujet assez méconnu du grand public : les « malgré-nous » de la Seconde Guerre Mondiale.
Cette histoire est un témoignage bouleversant sur le sort des Français qui, parce que vivant dans une ancienne région allemande, ont été obligés de s’engager aux côté de l’ennemi. Ce sujet est peu abordé car il semble encore empreint du tabou. Les personnes qui ont été contraintes de s’engager aux côtés des Allemands ont encore honte malgré le temps qui a passé. Les blessures semblent toujours à vif et cette bande dessinée est un bon moyen d’avoir une vue d’ensemble de cette thématique.
Le voyage de Marcel Grob est une bande dessinée poignante sur le sort d’un homme enrôlé malgré lui dans la Waffen SS. Elle ne peut pas laisser le lecteur indifférent. On vibre aux côtés de Marcel et on se pose tout au long du récit la question de savoir : qu’aurions-nous fait à sa place ?

 

Le voyage de Marcel Grob

 

Résumé :

« 11 octobre 2009. Marcel Grob, un vieil homme de 83 ans, se retrouve devant un juge qui l’interroge sur sa vie. Et plus particulièrement sur le 28 juin 1944, jour où ce jeune Alsacien rejoint la Waffen SS et est intégré dans la 16e division Reichsführer, trois mois après le débarquement allié en Normandie. Marcel se rappelle avec émotion de ce jour fatidique où, comme 10 000 de ses camarades Alsaciens, il fût embrigadé de force dans la SS. Non, il n’était pas volontaire pour se battre mais il n’avait pas le choix, il était pris au piège. Mais pour le juge qui instruit son affaire, il va falloir convaincre le tribunal qu’il n’a pas été un criminel nazi. Alors, Marcel Grob va devoir se replonger dans ses douloureux souvenirs, ceux d’un « malgré nous », kidnappé en 1944, forcé d’aller combattre en Italie, au sein d’une des plus sinistres division SS. Un voyage qui l’amènera à Marzabotto, au bout de l’enfer… »

Mon avis :

Le voyage de Marcel Grob de Philippe Collin et Sébastien Goethals est une bande dessinée qui réussit parfaitement son pari de faire découvrir aux jeunes générations l’histoire des « malgré-nous » d’Alsace-Lorraine pendant la guerre. Bien que le personnage de Marcel Grob soit fictif, on s’identifie à lui et on se met dans la peau d’une personne ayant réellement vécu des événement de ce genre pendant la guerre.

Les dessins de Sébastien Goethals aident le lecteur à ressentir les émotions des différents personnages par le soin apporté aux traits du visage, mais aussi par l’emploi d’un code couleur particulier. Le présent est représenté dans des tons chaleureux allant de l’orangé, aux teintes de rouge. Le passé est quant à lui représenté dans des coloris clairs : blanc, gris, vert. Les scènes de guerres sont quant à elles colorées de rouge.
Ces différentes palettes de couleur permettent au lecteur de s’immerger dans l’action et de comprendre facilement à quelle époque de l’histoire de Marcel ils se trouvent. Certaines scènes du passé semblent surgir d’un rêve du fait de leur représentation en noir et blanc ou en gris. Cette manière qu’à eu l’auteur d’utiliser ces couleurs est peut-être une façon de montrer aux lecteurs les scènes de vies qui sont les moins présentes à l’esprit de Marcel Grob. Ce sont les combats et surtout le massacre de Marzabotto qui nous sautent aux yeux. Ces évènements sont sans doute ceux qui ont le plus hanté la vie de Marcel Grob après la guerre. Ils constituent également les faits que le juge désire le plus comprendre. Ceux dont est accusé Marcel.

Cette bande dessinée nous pose la question de savoir ce que nous aurions fait à la place de Marcel. Est-il coupable oui ou non ? S’est-il engagé volontairement dans la Waffen SS ou bien était-il un « malgré-nous » comme il le prétend tout au long de l’histoire ? Le personnage du juge est celui qui interroge le lecteur car il nous fait nous demander à nous aussi de juger Marcel Grob.
Nous comprenons avec cette histoire qu’il est bien complexe de se faire un avis tranché sur la question. Marcel désirait sauver sa vie et n’avait pas le choix. Il devait s’engager en tant que SS sinon sa famille risquait des représailles. Lors du massacre il a essayé d’éviter d’y participer mais il était sous la surveillance de ses supérieurs et ne pas répondre aux ordres l’aurait trainé vers la cour martiale. Aurait-il dû se sacrifier ? L’aurions-nous fait à sa place ?

Cette œuvre nous montre bien qu’il est difficile de se prononcer sur ces faits autant d’années après la guerre. Le sort des « malgré-nous » ne devait sans doute pas être enviable après la guerre puisqu’ils étaient considérés comme des traitres et des collabos ennemis.
A travers le personnage de Marcel Grob, nous voyons bien que ces faits ont hantés ces gens bien après le conflit mondial.

Le personnage de Müller illustre tout à fait ceci puisqu’il est passé d’une recrue motivée à aider les Allemands à gagner la guerre à un homme torturé désirant fuir son régiment pour ne plus participer aux horreurs de cette guerre. Ce personnage a été profondément marqué par le massacre des civils de Marzabotto.
Le voyage de Marcel Grob est d’ailleurs un hommage à ces gens puisque cette histoire méconnue en grande partie en France est mise en lumière dans ce livre. Ce massacre n’est pas sans rappeler celui d’Oradour-sur-Glane en France.

J’ai apprécié cette lecture car elle traite d’un sujet qui est rarement abordé, même pendant les commémorations de cette guerre. Le sort des « malgré-nous » semble être encore de nos jours un sujet tabou. J’ai trouvé que le personnage du juge était dur avec Marcel, mais nous comprenons mieux à la fin du livre pourquoi il agit ainsi. Cette histoire nous fait également nous demander si à notre époque il est encore pertinent de juger les crimes de guerre nazis et les survivants du conflit. Bien entendu, les victimes méritent toute réparation mais la question de la moralité se pose lorsqu’on voit que les accusés ont plus de 80 ans. Se souviennent-ils encore des faits ? Que faire d’eux s’ils sont reconnus coupables puisqu’à cet âge une peine de prison est souvent compliquée.

Le dossier historique à la fin de la bande dessinée est un bon complément à l’histoire puisqu’il apporte des éléments sur la création de la Waffen SS et sur le sort des « malgré-nous ».
Ce livre est une leçon d’histoire mais également un ouvrage qui pousse le lecteur vers une réflexion plus philosophique sur ces faits de guerre.

Une bd parue aux éditions Futuropolis.


Connaissiez-vous l’histoire des « malgré-nous »?

A propos de Flâner Lire

Caroline, amoureuse d'Histoire, (ancienne stagiaire au Centre Historique Minier de Lewarde & ex agent d'accueil et de surveillance au Palais des Beaux Arts de Lille). Je suis depuis toujours passionnée de patrimoine avec une affection particulière pour celui du Val de Loire. J'ai beaucoup d'intérêt pour la culture en général : les musées, les expositions, la musique, la lecture, les séries tv...

2 commentaires sur “[Lecture] Le voyage de Marcel Grob de Philippe Collin et Sébastien Goethals

  1. Ton avis pique ma curiosité, je serais tentée de lire cette BD si je la trouve en magasin ou en bibliothèque, d’autant plus qu’on y trouve des thèmes qui m’intéressent beaucoup. Je prends note de ce titre !

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